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Par Eric ADJA
Introduction
Animé par James Matthews, poète, écrivain et éditeur Sud-Africain, latelier a réuni une huitaine de personnes, autour du thème Ubuntu et Culture. En guise dentrée en matière lanimateur a évoqué son intérêt et sa passion pour les vampires, lhistoire de Dracula et autres films occultes. Ensuite, latelier sest déroulé en deux parties : une partie témoignage, au cours de laquelle James Matthews a témoigné du rôle de lhomme de culture en tant que médiateur dUbuntu et une partie où il sest agi de discuter des contours du concept et de la notion dUbuntu, afin den évaluer la pertinence et la validité culturelles.
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1. |
Lhomme de culture et Ubuntu |
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Lartiste, lécrivain, le poète, bref lhomme de culture en général ne dessine ou nécrit pas pour lui-même, mais dans le but de partager. Cest donc un acte qui relève en soi de lesprit de partage, donc de lUbuntu. Lart inspiré de lUbuntu est donc un art engagé. Il ny a pas de place pour l" art pour lart ". Ainsi, " Art for art divorces myself from the plight of my people ", témoigne James Matthews, qui, au lieu de décrire les oiseaux qui planent dans le ciel ou les lions rugissant dans la forêt, préfère, à travers ses poèmes, décrire le combat quotidien de son peuple. Son uvre devient donc un médium dUbuntu, car elle permet de partager la douleur de lautre, de la communiquer. Dans ce contexte, lart est réellement une émanation de la communauté et lartiste nen est que le médiateur. |
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2. |
Le concept et la notion dUbuntu |
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Lessentiel des discussions de latelier a essayé de cerner les contours dUbuntu (un mot emprunté à la langue Inguni, Afrique du Sud). Sil faut définir le concept en seul mot, cest le PARTAGE. Cette définition pose demblée trois questions auxquelles nous avons essayé de répondre.
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- Universalité et spécificité dUbuntu
La notion de partage est universelle. Les sociologues et les anthropologues ont suffisamment observé et documenté les manifestations du partage dans beaucoup de sociétés humaines, avec des notions comme la solidarité, léchange social, le don et le contre-don. En contexte local ou global, Ubuntu est aussi une forme de respect radical de lautre, qui est mon prochain, mon semblable. Il ne faudrait donc pas restreindre lesprit dUbuntu à la pigmentation de la peau, même si le concept dUbuntu a été forgé dans un contexte politique et social sud-africain dont il faudrait prendre en compte les spécificités.
- La dimension politique dUbuntu
On pourrait identifier lUbuntu politique a une forme de communisme, mais un communisme dépouillé de sa dimension totalitaire et intolérante. Mais comment comprendre quactuellement en Afrique du Sud, certains Noirs senrichissent sur le dos des plus pauvres ? Où est passé lesprit dUbuntu ? Les problèmes sont donc parfois beaucoup plus économiques et politiques quuniquement raciaux, même si le paramètre racial est encore vif.
Tout compte fait, Ubuntu est plus une vision du monde, une philosophie et un art de vivre, quun mouvement culturel ou politique, même si certains sen réclament, sans en lassumer quotidiennement.
- Quelles valeurs dUbuntu pour lOccident ?
Pour être pertinent dans le contexte de lEurope, Ubuntu doit interpeller les éléments culturels déshumanisants à lheure actuelle. Dans ce sens, trois éléments nous paraissent importants :
a. Ubuntu peut interpeller nos amis Européens à reconstruire le sens de la communauté, car les gens sont trop souvent isolés les uns des autres et lindividualisme semble étouffer les personnes dans des prisons intérieures aussi étouffantes que les geôles sud-africaines du temps de lapartheid. Nous vivons dans des immeubles en ignorant tout de nos voisins, de leurs aspirations, et le lieu de travail devient trop souvent le seul lieu de communauté, avec des familles de plus en plus éclatées.
b. Retrouver le sens de la gratuité, du partage qui nattend pas forcément un retour en argent, car largent est trop souvent devenu la norme absolue de circulation des valeurs. Comme le disait le Professeur Ki-Zerbo, il faut retrouver la valeur des liens à côté des biens.
c. Une forme de lien à retrouver, est le lien avec les personnes âgées. Ainsi, les enfants et petits-enfants sont encouragés à prendre davantage soin de leur grand-père ou grand-mère, de ne pas les laisser seuls, afin de rester en lien avec leurs racines.
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Conclusion
En guise de conclusion, jaimerais évoquer une question qui a fait lobjet de débat animés au sein de latelier : Ubuntu doit-il rester juste un concept, ou une notion à vivre, sans essayer de lanalyser ?
Lorganisation par AfricaViva à Genève de ce colloque sur lUbuntu, avec des travaux en atelier est la preuve quUbuntu ne doit pas rester un concept à évoquer nostalgiquement, mais un instrument à analyser pour en déterminer les éléments opératoires et les clefs qui pourront contribuer à ouvrir les portes des curs et des âmes emprisonnés par lindividualisme, la consommation tous azimuts et lidéologie capitaliste néo-libérale. Cest sur ce chemin de lépistémologie, de la conceptualisation critique et dynamique que le Concept dUbuntu pourra trouver les validations théoriques et méthodologiques nécessaires pour devenir une véritable alternative économique, politique et culturelle de développement de lAfrique et du monde.
Dieu bénisse lAfrique ! God bless Africa ! Nkosi sikelel iAfrika !
Genève, le 27 avril 2003
Par Eric ADJA, Rapporteur général de latelier UBUNTU et Culture
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